1964-1970

Au nord du bourg de Lezoux, au lieu-dit Le Rincé, la fouille du terrain Audouart-Gagnadre a conduit à la découverte d’un bâtiment agricole du Ier siècle, auquel succède un atelier de potiers du IIe siècle (groupe des ateliers de Ligonne).

Sommaire

Descriptif des découvertes

Les fouilles (1), surtout réalisées entre 1964 et 1968, sont menées par Hugues Vertet secondé par l’équipe de Brian R. Hartley, professeur à Leeds. C’est l’une des premières fois qu’un atelier de potiers peut être observé à Lezoux sur une surface relativement conséquente.

Du Ier siècle de notre ère

Une « exploitation agricole »

Les premières occupations du site dateraient du Ier siècle (époques tibérienne et claudienne) et correspondraient à une exploitation agricole, d’après les interprétations de l’époque. Elles comprennent des zones de prélèvement de sable et un petit bâtiment semi-excavé.

Ce dernier, d’une surface de 3 x 3 m, possède une partie enterrée construite en pierres et en tuiles et une élévation en pisé (2). Il est abandonné et comblé au début du IIe siècle.

Ier et IIe siècles

Un atelier de potiers

À proximité du bâtiment excavé, se développe un atelier de potiers. Il regroupe un four, relativement bien conservé, des aires de préparation de l’argile, des puits et des fosses. La date de son installation est placée à l’époque d’Hadrien, soit dans la première moitié du IIe siècle. La structure du four et les céramiques retrouvées dans le cendrier indiquent cependant un fonctionnement durant le Ier siècle de notre ère, voire au début du siècle suivant.

Le four est entièrement bâti en tuiles et en briques (3). La chambre de chauffe est circulaire et possède un diamètre d’un mètre. La sole, détruite, devait être aménagée au moyen de tuiles à rebord soutenues par deux piliers en argile cuite, conservés. L’entrée de l’alandier rectangulaire forme une façade de tuiles et de moellons de pierre. Elle a été retrouvée bouchée par une tegula posée de chant. Dans le cendrier du four, des céramiques « à vernis noir », dont certaines à décor moulé (sigillée noire) (4) et d’autres décorées à la barbotine, de la céramique à paroi fine engobée et des cruches à engobe blanc ont été retrouvées. Attribuées à l’époque d’Hadrien, certaines d’entre elles correspondent cependant à des productions du Ier siècle (dernières décennies au moins) et du début du IIe siècle.

Le comblement du « trou de chauffe » contenait de la sigillée du début du IIe siècle. À proximité du four circulaire, se trouvent des aires de préparation de l’argile, constituées de tuiles à rebord posées à plat, à même le sol. Le four est associé, à l’est, à une grande fosse de travail, dont les parois semblent avoir été plaquées de tuiles plates. Son comblement a livré des moules de BIRRANTVS (années 110-140). Un deuxième four est également découvert, mais peu d’informations sont disponibles à son propos. À cet ensemble de vestiges, s’ajoute une meule trouvée en place, installée dans une fosse délimitée par des tuiles posées de chant. Elle est considérée, par les fouilleurs, comme ayant servi à la préparation de l’argile, mais elle semble davantage correspondre à un volant de tour de potier.

Un vaste bâtiment interprété comme un séchoir chauffé a été dégagé non loin des précédents vestiges. Circonscrit par deux murs perpendiculaires, dont un de 15 m de long, ce dernier abritait une pièce chauffée au moyen du système par hypocauste à canaux rayonnants (5). Malgré l’hypothèse avancée d’une structure de séchage, une destination résidentielle ne peut être totalement écartée pour ce bâtiment. Les restes architecturaux retrouvés à proximité, dans le comblement d’un puits notamment, pourraient aller dans ce sens.

Trois puits ont été mis au jour, dont un, maçonné, correspondrait à un puits perdu considérant la présence de canalisations venant alimenter la cuve. Ce dernier aurait été utilisé jusqu’à la fin du IIe siècle, d’après les céramiques recueillies dans son comblement. Le remplissage du puits a également livré des éléments d’architecture témoignant de la présence d’un bâtiment (résidentiel ?) à proximité (grandes pierres de taille, fragments de plaquage et colonnette en marbre, antéfixe).

Découvertes sur le site

Plusieurs sépultures ont été découvertes sur le site, elles sont toutes interprétées comme étant celles de jeunes enfants.

L’une d’elles est aménagée au début du IIe siècle dans les remblais du bâtiment excavé. La présence, entre autres, d’une lampe à huile, d’un biberon et d’une clochette en métal fait dire à Hugues Vertet qu’il s’agit d’une tombe d’enfant. Des vases, dont un gobelet en paroi fine, sont également associés à l’inhumation. Installée dans un niveau du milieu du IIe siècle, une seconde tombe d’enfant correspond à une inhumation en bassine/terrine en céramique, mode d’inhumation fréquemment pratiqué à Lezoux.

Une troisième tombe est datée de la fin du IIe siècle (6) : dans un seau en bronze recouvert d’un bol Drag. 37 en sigillée, de petits ossements ont été retrouvés.

Des chemins d’accès

Le site est longé au nord par une voie, pour laquelle trois états de fonctionnement ont été identifiés. Le plus ancien est matérialisé par un aménagement de cailloutis contenant des tessons de céramique du Ier siècle.

L’état le plus récent de la chaussée est placé à l’époque d’Hadrien, soit dans la première moitié du IIe siècle, d’après les fragments de sigillée retrouvés piégés dans le niveau de circulation.

A l’est du terrain Audouart-Gagnadre

À l’est de la parcelle, un ensemble de neuf fours a été mis au jour lors d’une fouille de sauvetage conduite en 1994 par Kristell Chuniaud. Il est associé à un dépotoir de sigillées de la première moitié du IIe siècle, un bâtiment de la seconde moitié du IIe-début du IIIe siècle, des fosses et des puits perdus.

Le fonctionnement des fours s’échelonne entre le Ier siècle (fabrication de terra nigra et de céramique à engobe blanc) et le milieu du IIe siècle (production de sigillées). L’existence d’une activité artisanale dans le courant du Ier siècle nuance la destination agricole des vestiges découverts par Hugues Vertet en 1965 et datés de la même période.

Bibliographie utilisée

  • Claval 1986 : CLAVAL J.-C., Des hypocaustes arvernes, Bulletin du CERAA, 6, 1986 : 7-18.
  • Chuniaud 2002 : CHUNIAUD K., Le groupe des ateliers de potiers de Ligonnes à Lezoux (Puy-de-Dôme) : un champ d’étude pour les questions relatives à l’organisation de la production céramique en Gaule romaine, dans RIVET L., SCIALLANO (M. (dir.), Vivre, produire et échanger : reflets méditerranéens. Mélanges offerts à Bernard Liou. Montagnac, Monique Mergoil, 2002 : 243-248.
  • Fournier 1965 : FOURNIER P.-F., Circonscription de Clermont-Ferrand, Gallia, 23-2, 1965 : 389-411.
  • Vatin 1969 : VATIN C., Informations archéologiques : circonscription d’Auvergne et du Limousin, Gallia, 27-2, 1969 : 334-335.
  • Vertet 1965 : VERTET H., Fouilles de Lezoux 1965 (printemps), Rapport d’opération archéologique, 1965, 4 p., 1 pl.
  • Vertet 1969 : VERTET H., Les fouilles officielles, Bulletin du Comité archéologique de Lezoux, 2, 1969 : 12-21.
  • Vertet 1974 : VERTET H., Pauvres potiers, pauvre misère, Dossiers de l’Archéologie, 6, 1974 : 85-89.
  • Vertet, Hartley 1968 : VERTET H., HARTLEY B. R., Fouilles de Lezoux 1967, RACF, t. 7, fasc. 3, 1968 : 213-223.

Fonds Hugues Vertet

  • Notes de fouilles : 27 p. (1964 ; 1965)
  • Clichés photographiques : - négatifs : 13 (1967)

Direction générale de l'Aménagement et du Territoire

Article mis à jour le 17 septembre 2018