N° 21 – Taurin et Taurin-École

1968-1972

Le terrain Taurin se trouve immédiatement au nord du jardin de l’Hôpital et de l’Œuvre Grancher (sites nos 7 et 9), au cœur des ateliers de Saint-Taurin. Les vestiges mis au jour en ces différents points doivent donc être rapprochés.

Sommaire

Descriptif des découvertes

Le terrain, vaste et occupé par des vignes et des jardins, est acheté par la commune pour agrandir le collège limitrophe et fait ainsi l’objet de fouilles archéologiques. Celles-ci se déroulent selon la méthode Wheeler, c’est-à-dire par carrés de 3-4 m de côté, séparés les uns des autres de banquettes d’un mètre de large ; ces banquettes sont enlevées selon les besoins de la fouille (1).

De très nombreuses structures sont mises au jour sur l’ensemble du terrain et toutes ne sont pas datées avec précision. Les découvertes les plus marquantes concernent l’Antiquité tardive. En effet, de cette période dateraient une aire dallée de préparation de l’argile, un four, des inhumations et d’importantes quantités de céramiques. Les vestiges des périodes antérieures et postérieures sont également abondants et témoignent d’une occupation des lieux depuis le Ier siècle de notre ère jusqu’au Moyen Âge.

L’occupation des Ier et IIe siècles

Quelques tessons et des niveaux d’épandages témoignent de la fréquentation du secteur dès l’époque tibérienne. L’occupation se fait plus dense à la fin du Ier siècle, comme l’illustre la présence en plusieurs points du site de dépotoirs et de zones de rejets, datés du dernier tiers du Ier et du début du IIe siècle.

Vestiges d’ateliers de potiers

Deux dépotoirs du IIe siècle sont également mis au jour (2). L’un d’eux, daté du milieu du siècle et observé sur une vaste surface, contenait des vases complets en sigillée dont certains signés CINNAMVS et PATERNVS. Ce dépotoir est réoccupé par une inhumation d’adulte. Le défunt semble avoir été jeté là sans grande précaution d’après la posture du squelette (3). Aucun indice de la présence d’une fosse sépulcrale ou d’un contenant n’a d’ailleurs été trouvé et aucun mobilier ne lui est associé. La zone de rejets est également perturbée par l’installation du four attribué au IVe siècle et de structures médiévales (mur et fosses).
Au nord de la fouille de 1969, une aire de préparation de l’argile du IIe siècle a été dégagée. Les tuiles qui composaient le dallage étaient placées le rebord vers le haut et présentaient des impacts d’outils. Elles reposaient en partie sur un niveau argileux daté du dernier tiers du Ier-début du IIe siècle.

Sépultures d’enfants

Plusieurs sépultures prenaient place dans les vestiges d’atelier. L’une semble avoir été aménagée en pleine terre. Trois autres correspondent à des inhumations d’enfants décédés en phase infantile (avant l’âge d’un an). Les jeunes défunts étaient placés pour deux d’entre eux dans des vases-cercueils, en l’occurrence une grande jatte à bord rentrant et une bassine en céramique (4). Ce dernier type de vase, parfois nommé terrine, est très fréquemment employé comme contenant funéraire à Lezoux (par exemple aux Religieuses, site no 11) et dans la région de Clermont-Ferrand. À côté de l’inhumation en bassine, une autre sépulture datée de la fin du Ier siècle a été retrouvée sous deux tuiles. D’après la description faite par les fouilleurs, elle consisterait en un cercueil en bois, dont il ne subsisterait que les clous, dans lequel étaient placés deux coupelles en sigillée et un vase ovoïde contenant les restes de petits ossements.

Enfin, une inhumation de boviné est également mentionnée et attribuée au IIe siècle.

L’Antiquité tardive

Production de céramique sigillée jusqu'au IVeme siècle

Jusqu’alors rare dans les fouilles de Lezoux, la période de l’Antiquité tardive sort de l’ombre avec le chantier de Taurin : un four et une aire dallée sont attribués à cette période, en raison des nombreuses céramiques et des monnaies du IVe siècle retrouvées dans leur comblement et dans les niveaux de remblaiement. Toutefois, plus que la date de fonctionnement, ce mobilier situe l’arrêt de l’utilisation de ces structures et leur réemploi en zones de dépotoirs.
Le mobilier, retrouvé en grande quantité, constitue néanmoins une découverte importante car il a permis de montrer que les ateliers lezoviens ont produit des céramiques, et notamment de la sigillée, jusqu’au IVe siècle. De nouvelles catégories de céramiques fines et communes sont ainsi identifiées, par exemple la céramique grise lissée, celle à engobe ocre brossé et celle à décor peint.

Le four

Le four associé à cette occupation n’a pas été observé dans son ensemble car localisé en limite d’emprise. Il est considéré comme étant un four canal, dont l’alandier est précédé d’une aire d’argile cuite, en forme de demi-lune. Il prend place dans un niveau de dépotoir du IIe siècle. Son comblement a livré de la céramique peinte à engobe blanc et décor ocre, de la céramique grise lissée, de la sigillée lisse et moulée, de la céramique à engobe ocre brossé et vraisemblablement de la dérivée de sigillée paléochrétienne. L’ensemble est associé à une monnaie du milieu du IVe siècle.

Les aires de préparation de l'argile

À quelques mètres à l’ouest du four, deux aires de préparation de l’argile séparées par un talus d’argile ont été dégagées. L’une est constituée de dalles de terre cuite et de quelques tuiles au rebord tourné vers le haut (5). L’autre, nommée « cuve » dans les publications de Hugues Vertet, est, comme le four, installée dans des niveaux du IIe siècle. De grandes dimensions (au moins 5,50 m sur 2,80 m de côtés), elle est aménagée à l’aide de tuiles liées à l’argile, posées à plat, le rebord indifféremment tourné vers le haut ou vers le bas. Celles-ci portent les traces de percussions d’outils. Les rebords de cet espace (de 25 à 30 cm de hauteur) sont faits de tuiles posées à la verticale ou en position oblique, contre un talus d’argile. Comme le four, cet espace a servi de dépotoir comme en témoignent les nombreux débris de four, matériaux de construction et céramiques qui y ont été retrouvés. L’ensemble est associé, là encore, à des monnaies du milieu et du dernier quart du IVe siècle. À proximité, quatre trous de poteaux suggèrent que l’espace était couvert.
L’aire de préparation de l’argile est percée par une fosse circulaire contenant des céramiques du Moyen Âge et par une canalisation moderne.

Inhumations

Deux inhumations sont installées dans les vestiges de l’atelier et sont attribuées à la fin de l’Antiquité. Aucun mobilier n’est associé aux sépultures. L’une, orientée est-ouest, est délimitée au nord par une rangée de pierres et de fragments de briques. Un bloc de pierre, non taillé, se trouve derrière la tête du défunt. Ce dernier est en position allongée, sur le dos, les bras repliés sur la poitrine.
La seconde inhumation se trouve dans le prolongement de la première. Une rangée de pierres bordait là encore un côté de la sépulture. Quatre fragments de tuile étaient disposés de chant derrière la tête du défunt.

Le Moyen Âge

Au Moyen Âge, un bâtiment est installé dans les niveaux des IIe et IVe siècles. Un mur parementé mais non maçonné est notamment observé. Une ouverture est aménagée au travers de la structure afin de laisser passer un caniveau construit à l’aide d’imbrices couvertes de fragments de tuiles et de dolium. Un fragment de cruche médiévale a été retrouvé dans l’ouverture du mur.

Un certain nombre de fosses sont creusées en divers points du site, endommageant les vestiges antérieurs. À proximité du mur mentionné ci-dessus, l’une d’elles est limitée sur un de ses côtés par un mur formé de débris de four, vraisemblablement celui attribué au IVe siècle. Elle est comblée de tuiles-canal et de céramiques médiévales. Au nord-est, une deuxième fosse a livré une meule ainsi que de nombreux récipients en céramique du Moyen Âge : cuviers, pichet à bec tréflé et à glaçure plombifère verte et vases décorés de bandes rapportées digitées.

Un puits pourrait également être attribué à cette période, d’après un fragment de céramique retrouvé dans les pierres de son parement supérieur. Son comblement a livré des céramiques antiques très fragmentées ainsi que quatre monnaies du IVe siècle.

Enfin, on mentionnera la découverte d’une monnaie frappée sous Louis XIV, dans une structure recoupant une des fosses médiévales.

Bibliographie utilisée

  • Poursat 1971 : POURSAT J.-C., Circonscription d’Auvergne, Gallia, 29-2, 1971 : 323-332.
  • Poursat 1973 : POURSAT J.-C., Circonscription d’Auvergne, Gallia, 31-2, 1973 : 439-450.
  • Vatin 1969 : VATIN C., Circonscription d’Auvergne et Limousin, Gallia, 27-2, 1969 : 317-341.
  • Vertet 1968 : VERTET H., Fouilles de Lezoux. Campagne de 1968, printemps-été, Rapport d’opération archéologique, 1968, 42 p.
  • Vertet 1969 : VERTET H., Campagne de fouilles de Lezoux 1969, Rapport d’opération archéologique, 1969, 21 p.
  • Vertet 1970 : VERTET H., Lezoux. Campagne de fouilles 1970 : fouille systématique, sauvetages, Rapport d’opération archéologique, 1970, 37 p.
  • Vertet et al.1970 : VERTET H., RIGOIR J., RIGOIR Y., RAIGNOUX R., Céramiques du IVe siècle trouvées à Lezoux, Rei Cretariae Fautorum, 11/12, 1969-1970 : 130-142.
  • Vertet 1971 : VERTET H., Lezoux 1971, rapport de fouilles, Rapport d’opération archéologique, 1971, 23 p.
  • Vertet 1974 : VERTET H., Pauvres potiers, pauvre misère, Dossiers de l’Archéologie, 6, 1974 : 85-89.

Fonds Hugues Vertet

Taurin
Carnet/notes de fouilles : 3 carnets (1968 ; 1972) ; 8 p. de notes (1969 ; 1971)
Clichés photographiques : - diapositives (1968 ; 1969 ; 1971 ; année inconnue)
- tirage papier : 619 ex. (dont doubles ; 1968 ; 1969 ; 1970 ; 1971 ; année inconnue)
- planches contact : 17 pl. (1968 ; 1969 ; 1970 ; 1971 ; année inconnue)
- autre : listing des photos de Y. Rigoir (1968)
Thèmes : vestiges ; mobilier ; ambiance
Documents graphiques : - plan général des vestiges : emprise de la fouille (1968)
- relevés des vestiges : en plan : 3 pl. (1970)
- listing des relevés archéologiques (1971)
- dessin de mobilier : céramique (5 pl. : 1968 ; 1969 ; 1970)
Travaux : - inventaire céramique : nom des potiers (1969) ; inventaire des dessins (1969)
- inventaire des monnaies (1969)
- étude sur les tuiles en sigillée (1969)
- étude sur l’inhumation d’enfant (1970)
- inventaire de la faune (1968)
Rapport d’opération : 1969 (texte et planches) ; 1970 (texte et planches) ; 1971 (texte incomplet ; brouillon dactylographié) ; bilan des fouilles de 1967-1971
Documents administratifs : - demande d’opération (1970 ; 1971)
- autorisation de fouilles (1971)
- demande de subventions (1971)
- factures/dépenses (1971 ; année inconnue)
- équipe de fouille : annonce du chantier (1969 ; 1970) ; fiche d’inscription vierge (1969 ; 1970) ; courriers sur l’organisation pratique de la fouille (1971)
Taurin-École
Clichés photographiques : - tirage papier : 2 ex.
- thème : mobilier
Travaux : moule de lampe (brouillon), par Rémy Raignoux

Direction générale de l'Aménagement et du Territoire

Article mis à jour le 17 septembre 2018